Peugeot

Avez-vous déjà entendu parler de la Porsche 901 ? Le constructeur automobile austro-allemand a voulu le lancer en 1964 en remplacement de son légendaire modèle 356 mais a dû renoncer et rebaptiser 911 sa nouvelle voiture. La raison en est simple: le concurrent français Peugeot détenait les droits sur tous les nombres à trois chiffres avec un zéro au milieu…

Il y a deux cents ans, en 1810, les frères Jean-Jacques et Jean-Pierre Peugeot, créent dans la vallée du Doubs, dans l’est de la France, une fonderie d’acier. Bientôt,  ils déposent un brevet pour laminage à froid d’acier et mettent sur le marché toutes sortes de  produits finis tels que ressorts de montres, corsets os de baleines pour corsets, moulins à café, cages, outils, dont des lames de scie réputées. Sous la direction de Jules et Emile, les fils de Jean-Pierre, l’entreprise se développe encore et le nom de Peugeot devient de plus en plus connu. Les frères sentent le besoin de distinguer leurs produits en mettant l’accent sur la qualité. Ils demandent en 1847 au graveur Justin Blazer de dessiner un emblème de lion. Le lion est choisi en raison de ses caractéristiques analogiques avec leurs scies: force, souplesse, rapidité. Blazer dessine un lion à queue relevée et majestueusement marchant sur une flèche La marque est officiellement enregistrée en 1858 au Conservatoire Impérial des Arts et Métiers et est utilisée sous différentes versions et refontes jusqu’à ce jour.

Dans le dernier quart du XIXe siècle, les rênes de Peugeot Frères sont tenues par Eugène, fils de Jules et Armand, fils d’Emile. La société s’est même appelée quelque temps Les Fils de Peugeot Frères. La croissance se poursuit: en 1890, plus de 2.000 travailleurs produisent, en trois usines Peugeot, ciseaux, fourchettes, rabots, scies pour toute l’Europe. L’innovation est de mise : Peugeot produit également des ressorts pour les pince-nez en vogue et des ressorts à remonter pour le phonographe nouvellement inventé. Mais le nouveau succès, c’est le vélo. Armand a su convaincre son cousin Eugène d’en fabriquer, mais déjà il veut essayer d’y mettre un moteur et même de produire des automobiles. Le 17 février 1890, il livre  son premier modèle. Parce qu’Eugène ne croit pas en l’avenir de l’automobile, les deux cousins se séparent en 1896. Armand crée sa Société des Automobiles Peugeot. Eugène et ses fils s’engagent à ne pas créer de voitures et continuent de produire des vélos, toutes sortes d’articles ménagers et d’outils. En 1900 la bicyclette Le Lion se vend à 20.000 exemplaires.

Cette année-là, Armand vend déjà 500 autos. Les fils d’Eugène ne veulent pas – désolé pour le jeu de mots déplacé – rater le train. En 1899, ils sortent, contrairement aux accords  une motocyclette de la marque Le Lion. L’année après, de petites voitures Lion suivent. A tous les coups, des avocats doivent décider ce qui est dû à Armand en guise de dédommagements, commission ou pénalités. Après le décès d’Eugène, en 1907, une fusion est possible. Les deux familles se réunissent en 1910, il y a cent ans. La société devient l’un des plus grands constructeurs automobiles dans le monde et absorbe même Citroën en 1976. Mais c’est une autre histoire.

Les modèles de Peugeot ne reçoivent pas de nom, tout juste un nombre à trois chiffres dont celui du milieu est un zéro. Qui se souvient encore des 203, 403, 404, 205, 309, 405, 605, 306 ou 406? Tous ont connu leur moment de gloire.

Sur certains modèles avant la Seconde Guerre mondiale, le zéro est placé à l’avant de la voiture autour du trou dans lequel il faut placer la manivelle. Depuis quelque temps, Peugeot lance des modèles avec un nombre à quatre chiffres dont les deux du milieu sont des zéros. Je vais demander à Kris Keymolen si Peugeot à déposé pour le monde entier tous les chiffres entre 1001 et 9009 ?

Le Lion de Peugeot change encore souvent de forme, mais depuis 1927, sa gueule rugit. En 1948, l’on opte pour une version choisie du blason de la région, la Franche-Comté. Sur certains modèles, seulement  une tête du lion est représentée. Le logo est régulièrement rafraîchi. La dernière version date de 2010, il y a maintenant deux semaines.

Le slogan aussi a changé. La signature précédente Pour que l’automobile soit toujours un plaisir devient – en anglais (!) – Motion and Emotion.

Ah oui: quand Armand est enterré, en 1915, au Père-Lachaise à Paris, le discours devant la tombe est lu par Louis Renault. Mais cela aussi est une autre histoire.

Pierre Blanche, 2010

Leave a Reply